De la forêt sauvage à votre tasse — le fascinant voyage du thé en Inde
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Aux origines : le thé sauvage d’Assam
Bien avant que les Britanniques n’introduisent la culture du thé en Inde, les tribus autochtones d’Assam consommaient déjà des feuilles de thé sauvages depuis des siècles. Les Singphos et Khamtis, entre autres, infusaient ces feuilles à des fins médicinales et rituelles. Ce n’est cependant qu’au début du XIXe siècle que le monde extérieur découvre ce potentiel insoupçonné.
Le tournant colonial : la Compagnie des Indes orientales et l’ambition britannique
Dans les années 1820, alors que le thé chinois dominait les marchés européens, les Britanniques cherchent à s’affranchir de leur dépendance à la Chine. C’est là qu’ils se tournent vers l’Inde coloniale. En 1839, la première vente officielle de thé indien a lieu à Calcutta.
Ainsi naît la grande aventure industrielle du thé en Inde, impulsée par la Compagnie britannique des Indes orientales. Les régions de Darjeeling, Assam et Nilgiri deviennent rapidement des pôles majeurs de production.
Darjeeling, Assam, Nilgiri : les trois joyaux du thé indien
• Darjeeling (Bengale occidental) : connu comme le “champagne du thé”, ce thé noir à l’arôme floral unique pousse en altitude sur les contreforts de l’Himalaya.
• Assam (nord-est) : puissant, malté, corsé, il est la base des fameux blends pour le breakfast tea.
• Nilgiri (sud de l’Inde) : un thé plus fruité et léger, cultivé sur les plateaux du Tamil Nadu.
Ces trois terroirs incarnent la diversité géographique et aromatique du thé indien, chacun offrant une expérience unique en tasse.
De la colonie à la fierté nationale
Après l’indépendance en 1947, l’Inde reprend en main son industrie du thé. Coopératives locales et plantations privées modernisent les pratiques, tout en préservant le savoir-faire. Aujourd’hui, l’Inde est le 2ᵉ producteur mondial de thé, et plus de 70 % de la production est consommée localement.
Du stand de chai à l’angle de la rue aux pauses bureautiques, le chai masala — ce thé noir sucré, lacté et épicé — est devenu un rituel quotidien et une signature culturelle.
Ayurveda et traditions d’infusion : Bien-Être en Tasse
Si l’histoire écrite du thé est lacunaire, les pratiques médicinales de l’Ayurveda témoignent de l'ancienneté des infusions en Inde. Bien avant la standardisation du "thé noir", les foyers indiens concoctaient des breuvages bienfaisants à base de basilic sacré (tulsi), de cardamome, de gingembre, de poivre noir ou de réglisse. Ces tisanes, parfois mélangées au thé, servaient à soigner une multitude de maux, du rhume à l’anxiété, tout en apportant réconfort et chaleur.
C’est dans cette tradition que s’inscrit le chai masala : sucré, lacté, relevé d’épices, il adoucit les propriétés parfois amères des ingrédients médicinaux tout en offrant une explosion de saveurs.
Le thé indien aujourd’hui : tradition, innovation et durabilité
Le renouveau du thé en Inde passe par une prise de conscience éthique et environnementale. De plus en plus de producteurs adoptent des pratiques durables : agriculture biologique, commerce équitable, micro-lots artisanaux.
Des maisons de thé locales aux marques internationales, l’Inde innove tout en honorant ses racines. L’industrie est encadrée par le Tea Board of India, garant de la qualité, de la certification et de l’exportation.
En résumé
Le thé indien est bien plus qu’une boisson : c’est un symbole de résilience, d’adaptation et de richesse culturelle. Chaque tasse raconte une histoire — de la jungle d’Assam aux salons feutrés de l’Empire britannique, jusqu’aux ruelles parfumées de Mumbai.